lundi 11 mai 2026
Travail : les relations à leur paroxysme ?
Une promesse républicaine qui se brise
Pour la première fois depuis 1945, travailler ne permet plus d’améliorer son niveau de vie. Cette rupture historique ébranle le pacte social français et appelle une refondation urgente du rapport au travail.
Le débat part d’un constat fort : il n’existe pas de rejet du travail en France. Comme le souligne Antoine Foucher, le taux d’emploi n’a jamais été aussi élevé et 86 % des démissions débouchent sur un nouvel emploi. La crise actuelle n’est donc pas liée à un refus de travailler des Français, mais à la qualité du travail, au manque de reconnaissance et à la perte de sens.
Cette situation s’explique par une rupture historique. Pendant près de soixante ans, le pouvoir d’achat du travail progressait suffisamment pour permettre de doubler son niveau de vie en une quinzaine d’années. Aujourd’hui, il faudrait 84 ans pour atteindre le même résultat. Dans le même temps, la baisse du temps de travail s’est arrêtée depuis les années 2000. La promesse qui structurait la société française – vivre mieux en travaillant moins – est rompue.
Face à cette nouvelle donne, trois stratégies émergent : la résistance, illustrée par la forte progression des arrêts maladie ; la relativisation, avec le développement du télétravail, de la semaine de 4 jours ou de la recherche de proximité ; et l’exigence de sens. Si le travail ne permet plus d’améliorer significativement son niveau de vie, il doit au moins contribuer à l’épanouissement personnel.
Cette quête de sens nourrit également l’essor de l’entrepreneuriat et du travail indépendant. Sur les 3 millions d’emplois créés en 20 ans, 1 million sont des emplois indépendants. Les jeunes diplômés sont aussi de plus en plus nombreux à créer leur entreprise dès la sortie de leurs études.
Pour Jean-Dominique Senard, l’entreprise demeure l’une des institutions les plus respectées par les Français, mais l’engagement au travail atteint des niveaux très bas. Le défi est donc managérial. Les attentes portent sur davantage d’écoute, de respect et de reconnaissance. La réponse passe par une responsabilisation des collaborateurs, une transformation du rôle des managers en développeurs de talents et résolveurs de problèmes, ainsi que par le renforcement du dialogue professionnel au quotidien.
Dans un contexte marqué par quatre révolutions simultanées – démographique, écologique, technologique et le rapport au travail –, Gilles Gateau estime que la seule réponse durable repose sur l’intelligence collective.
Les intervenants convergent sur la nécessité de revaloriser le travail, notamment en réduisant le poids des charges sociales (salariales et patronales) pesant sur les salaires.
Le diagnostic est clair : la promesse du travail est rompue, mais l’aspiration demeure. Les Français veulent travailler, donner du sens à leur activité et être reconnus. Les leviers existent : révolution managériale, responsabilisation, réduction des charges, dialogue professionnel et intelligence collective. Reste désormais à les mettre en œuvre avec courage et urgence.
Le problème n'est pas le volume du travail, mais sa qualité. L'aspiration demeure : les Français veulent travailler, veulent du sens, veulent être reconnus.
Avec : Antoine FOUCHER (Président de Quintet, essayiste et chroniqueur pour Les Échos) ; Gilles GATEAU (Directeur général de l’Apec et président du Haut conseil du dialogue social) et Jean-Dominique SENARD (Président du conseil d’administration, Groupe Renault)
Animation : Denis LAFAY (Journaliste, écrivain et directeur de collection chez l’Aube)
