lundi 27 avril 2026
Recherche partenariale, lien public-privé, gage de notre compétitivité et souveraineté
Un dialogue nécessaire entre deux mondes
C’est un constat lucide qui est ressorti des débats: si la France dispose d’atouts indéniables, elle doit impérativement fluidifier les collaborations entre public et privé pour maintenir sa compétitivité. Le temps presse: chaque jour perdu, c’est un partenariat, une start-up, un chercheur qui part ailleurs.
Le rapprochement entre recherche publique et privée s'est construit progressivement depuis l'après-guerre. Après des décennies de méfiance mutuelle, les années 1980 marquent un tournant. Aujourd'hui, avec l'essor des start-up et des PME innovantes, l'écosystème de la recherche fonctionne davantage en réseau et appelle de nouveaux modes de collaboration et de financement.
Tous les intervenants soulignent un impératif majeur : la vitesse. Dans des secteurs comme la santé, où le développement d'un médicament prend quinze ans, des négociations qui s'étalent sur plusieurs années rendent les partenariats obsolètes avant même leur lancement. Les technologies évoluent si rapidement que les problématiques initiales sont obsolètes. Cette lenteur conduit certains acteurs à développer leurs projets à l'étranger, où les procédures sont plus rapides, au détriment de la compétitivité française.
Au-delà de la bureaucratie, les échanges mettent en évidence des freins culturels. La recherche publique valorise l'ouverture et la publication des résultats, tandis que le privé privilégie la confidentialité et la rapidité commerciale. À cela s'ajoutent une forte aversion au risque et une complexité administrative qui freinent les collaborations, les recrutements et les projets de recherche.
Le constat est paradoxal : la France dispose d'une excellence scientifique reconnue, illustrée par la qualité de ses publications, mais peine à transformer cette recherche en brevets, en start-up et en création de valeur. Ce déficit de valorisation fragilise directement la compétitivité et la souveraineté économique et sanitaire du pays.
Pourtant, les complémentarités sont nombreuses. Les universités apportent leur expertise pluridisciplinaire, leur capacité de rupture technologique et leurs plateformes de haute technologie, tandis que les entreprises offrent l'accès aux données de terrain, aux infrastructures et aux besoins industriels.
Le rapport UDICE-ANRT propose plusieurs solutions pragmatiques : conventions types, mandataire unique pour simplifier les négociations, financement paritaire des laboratoires communs ou encore développement des dispositifs Cifre. Tous convergent vers une même conviction : la France dispose des talents et des atouts scientifiques nécessaires, mais doit désormais simplifier ses procédures, accélérer les partenariats, former des chercheurs “bilingues” (experts dans leur discipline et maitrisant l’IA), et faire évoluer sa culture du risque pour transformer son excellence scientifique en innovation et en souveraineté.
Il y a vingt ou trente ans, on était capable de gérer […] l’ensemble de la chaîne de valeur. […] Depuis une vingtaine d’années, l’offre technologique scientifique a explosé. […] Vous ne pouvez plus maîtriser ça tout seul. […] On doit absolument faire des partenariats avec les bonnes entités.
Avec : Catherine BRÉCHIGNAC (Physicienne et membre de l’Académie des Sciences) ; Françoise COMBES (Astrophysicienne à l’Observatoire de Paris et présidente de l’Académie des Sciences) ; Nathalie DRACH-TEMAM (Présidente de Sorbonne Université et présidente de l’alliance Udice) ; Bernard SALHA (Directeur technique groupe et Directeur recherche et développement, EDF) et Jacques VOLCKMANN (Directeur général SAR&D France de Sanofi, Global head External innovation, Translational medicine unit, Research & development)
Animation : Julien JANKOWIAK (Rédacteur en chef adjoint Recherche et Innovation, AEF info)
