vendredi 15 mai 2026

L’entreprise de demain : relation entre inclusion, performance et sobriété

L’entreprise de demain : relation entre inclusion, performance et sobriété

Une condition de survie économique et de souveraineté


Inclusion, performance et sobriété, sont indissociables. Tous les intervenants convergent sur un point : il ne s’agit plus d’un sujet moral ou marginal, mais d’une condition de survie économique et de souveraineté. Pourquoi l’entreprise sera inclusive ? Parce qu’elle ne peut plus se priver de pans entiers de talents (jeunes, femmes, seniors, migrants, moins diplômés). Pourquoi sobre ? Parce qu’elle est contrainte par les limites planétaires et par ses propres coûts. Et précisément, grâce à ces deux leviers, elle sera performante dès lors qu’elle s’appuie sur l’investissement, la formation et une gouvernance repensée.
Le marché du travail connaît une transformation profonde. Alors que les débats ont longtemps porté sur le manque d’emplois, les économies développées sont désormais confrontées à un défi inverse : la raréfaction de la main-d’œuvre. Vieillissement démographique, ralentissement de la productivité, évolution des attentes des salariés et révolution technologique imposent de repenser les modèles d’organisation et de gestion des talents.

Comme le souligne Stéphane Carcillo, les pays de l’OCDE entrent dans une période où la population en âge de travailler diminue progressivement. Dans ce contexte, la croissance économique dépendra de la capacité à mobiliser tous les talents disponibles : jeunes, seniors, femmes, personnes éloignées de l’emploi ou encore travailleurs issus de l’immigration. Les pays nordiques montrent qu’il est possible de conjuguer performance économique et inclusion grâce à des investissements continus dans l’éducation, la formation et l’innovation.

L’inclusion apparaît ainsi comme un véritable levier de compétitivité. Élisabeth Moreno rappelle que de nombreuses ressources restent sous-exploitées : décrochage scolaire, inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes ou encore sous-représentation des femmes dans les métiers d’avenir et les fonctions dirigeantes. Les études démontrent pourtant que les entreprises les plus diversifiées sont aussi parmi les plus performantes et les plus résilientes face aux crises.

Les témoignages d’entreprises illustrent concrètement cette évolution. Compass Group fait face à un important renouvellement générationnel et développe des dispositifs innovants de formation, de transmission des savoirs et de maintien en emploi des seniors. De son côté, Back Market adapte son organisation aux attentes des nouvelles générations en favorisant la mobilité interne, le développement continu des compétences, la flexibilité et la recherche de sens au travail. Ces exemples montrent que l’attractivité des entreprises repose désormais autant sur leur culture que sur leurs performances économiques.

L’intelligence artificielle constitue un autre facteur majeur de transformation. Les intervenants s’accordent sur un point : son principal intérêt réside dans l’augmentation des capacités humaines plutôt que dans leur remplacement. L’automatisation des tâches répétitives permet de dégager du temps pour des missions à plus forte valeur ajoutée. Cette évolution suppose toutefois un effort massif de formation afin d’éviter que certaines catégories de salariés ne soient exclues des nouvelles opportunités.

Enfin, la transition vers des modèles plus sobres apparaît comme un impératif économique autant qu’environnemental. L’exemple du smartphone illustre les limites d’un modèle fondé sur l’extraction, la production et le renouvellement permanent des biens. Réemploi, réparation, circularité et optimisation des ressources deviennent progressivement des dimensions stratégiques pour les entreprises.

Au croisement des transitions démographiques, technologiques et environnementales, le monde du travail est appelé à évoluer en profondeur. La capacité à conjuguer inclusion, innovation et durabilité pourrait bien constituer l’un des principaux facteurs de réussite des organisations de demain.

Rendre indissociable inclusion, performance et sobriété


  • Recruter tous les talents à tous les niveaux : jeunes, femmes, séniors, migrants, moins diplômés.
  • Accepter les contraintes des limites planétaires.
  • Investir massivement dans les technologies et la formation.
  • Limiter la hiérarchie et redéfinir le rôle du manager.

Les entreprises les plus diversifiées ont 35 % de chance en plus de superformer dans leur secteur.
Élisabeth Moreno
Avec : Gino BALDERACCHI (Directeur People, Culture & Impact, Compass Groupe France) ; Stéphane CARCILLO (Chef de la division emploi et revenus à l’OCDE et professeur affilié au Département d’Économie de Sciences Po) ; Élisabeth MORENO (Présidente du conseil d’administration de Ring Capital et Ring Africa, présidente de la Fondation Femmes@numérique et ancienne ministre déléguée à l’égalité femmes-hommes, à la diversité et à l’égalité des chances) et Charlotte SOULEAU (Directrice générale France, Back Market)
Animation : Cyril DUCHAMP (Rédacteur en chef adjoint, AEF info)