vendredi 17 juillet 2026
Donner du sens et se relier aux forces de l’esprit
Un chemin entre raison et mystère
Difficile de définir les forces de l’esprit. Elles demeurent insaisissables, impossibles à mettre « dans une boîte ». Mais l’ensemble des intervenants se retrouvent dans la manifestation de ces forces de l’esprit qui sont la confiance, la raison critique, la rencontre, la vulnérabilité acceptée et l’amour qui transcende la finitude.
Qu’entend-on par « forces de l’esprit » ? Cette expression est née d’un échange entre Marie de Hennezel et François Mitterrand en 1984, lorsqu’elle lui dit que le temps qui reste à vivre « dépend du désir de vivre, de ce qu’on a encore à faire sur terre, et des forces de l’esprit ».
Pour Marie de Hennezel, chaque être est spirituel - corps, âme et esprit – et doté de ressources profondes. Le père Benoist de Sinety y voit cette « petite voix » qui nous pousse à croire que l’action est possible, même face à l’adversité. Frère Olivier-Thomas Venard insiste quant à lui sur la confiance : c’est souvent en osant agir que surgissent des forces insoupçonnées, comme une œuvre qui naît à la fois du travail et d’un élan qui dépasse son auteur.
Catherine Tallon-Baudry apporte un éclairage scientifique. Le cerveau est une formidable machine à produire du sens, mais aussi des croyances. Elle rappelle également que certaines pathologies, comme la dépression ou les addictions, altèrent profondément la volonté et la motivation : il ne s’agit pas d’un manque de caractère, mais d’un cerveau malade. Elle souligne enfin la diversité des expériences intérieures, qui rend parfois difficile la construction d’un langage commun.
Dans un monde marqué par les conflits et les fractures, les intervenants évoquent la raison critique comme une véritable force spirituelle. Décrire la réalité avec honnêteté, accepter le dialogue malgré le désaccord et reconnaître la dignité de chacun constituent les fondements d’une fraternité durable. La rencontre avec l’autre, même lorsqu’elle bouscule nos certitudes, demeure indispensable pour faire naître l’empathie et le vivre-ensemble.
Enfin, Marie de Hennezel rappelle que la vulnérabilité est au cœur de notre humanité. C’est parce que nous pouvons être blessés que naissent l’entraide, le soutien et la générosité. Au seuil de la mort, ce n’est ni la réussite ni la possession qui demeurent, mais la force des liens tissés avec les autres. « C’est l’amour qui est immortel en nous », résume le père Benoist de Sinety. Cette mémoire amoureuse perdure au-delà de la mort, dans le souvenir de ceux qui restent.
Les « forces de l’esprit » apparaissent ainsi comme une invitation à cultiver la confiance, le discernement, la fraternité et l’espérance pour donner sens à nos vies.
Ces forces de l'esprit, [...] c'est l'expérience qu'on peut faire de se dire, dans une situation donnée, où tout nous indique que ça ne marchera pas ou que ça va être très compliqué, que c'est possible.
Avec : Marie de HENNEZEL (Psychologue clinicienne et écrivaine) ; Benoist de SINETY (Curé-doyen de la ville de Lille et curé de la paroisse Saint-Eubert) ; Catherine TALLON-BAUDRY (Neuroscientifique française et directrice du Laboratoire des Neurosciences Cognitives et Computationnelles, Inserm, École Normale Supérieure Université PS) et Frère Olivier-Thomas VENARD (Professeur à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem)
Animation : Samuel PRUVOT (Grand reporter, magazine Famille Chrétienne)
