lundi 17 août 2026

Créer et recréer les liens sur les territoires

Créer et recréer les liens sur les territoires

Un défi de cohésion sociale


La France traverse une phase de pessimisme inédit. Selon le rapport annuel du CESE présenté par Fabienne Rouchy, 74% des Français se déclarent pessimistes quant à l’avenir du pays. Mais, plus on descend au niveau local, plus on trouve dynamisme et projets concrets. Les Français interrogés individuellement disent souvent « pour moi, ça va ». C’est collectivement qu’ils ressentent un profond pessimisme.
Les fractures territoriales constituent aujourd’hui l’un des principaux défis économiques, sociaux et démocratiques de la France. Derrière les indicateurs nationaux se cachent des réalités très contrastées, où l’accès à l’emploi, à la santé, à la mobilité ou à la formation dépend fortement du lieu de résidence. Face à ces inégalités cumulatives, les intervenants ont appelé à repenser l’action publique à partir des territoires et des besoins concrets des habitants.

Le constat est préoccupant. Selon les données présentées lors de la conférence, un Français sur deux estime ne peut satisfaire que ses besoins essentiels, tandis qu’un quart de la population déclare ne pas y parvenir. La santé apparaît comme la première source d’inquiétude, devant le pouvoir d’achat et l’instabilité politique. À cela s’ajoute un fort sentiment d’inégalité des chances, partagé par une majorité de citoyens.

Ces difficultés sont particulièrement marquées dans les territoires fragilisés par la désindustrialisation. La disparition des activités productives entraîne souvent un effet domino : perte d’emplois, recul des services publics, difficultés de mobilité, baisse de l’attractivité économique et affaiblissement du tissu social. Les territoires ultramarins connaissent également des défis spécifiques, où les enjeux d’accès à l’eau, à l’énergie, à la formation ou aux transports se cumulent. Cette situation nourrit un déterminisme social persistant qui freine la mobilité sociale et limite les perspectives d’avenir.

La mobilité apparaît dès lors comme une condition essentielle de l’égalité des chances. Pour des millions de Français, l’absence de solution de transport constitue un frein direct à l’accès à l’emploi, à la formation ou aux services essentiels. Les intervenants ont souligné la nécessité de mieux adapter les politiques publiques aux réalités des bassins de vie, souvent éloignées des découpages administratifs traditionnels.

Plusieurs initiatives démontrent toutefois qu’il est possible d’agir efficacement. La Banque des Territoires accompagne ainsi des projets de long terme au plus près des besoins locaux : rénovation d’écoles, revitalisation des centres-villes, modernisation des réseaux d’eau ou encore soutien aux infrastructures essentielles. Cette logique de proximité permet de développer des réponses adaptées aux spécificités de chaque territoire.

Le lien humain est également apparu comme un facteur central de cohésion. Dans le secteur du soin et du grand âge, les établissements de proximité jouent un rôle social majeur bien au-delà de leur mission médicale. Ils participent à la vitalité économique locale tout en répondant aux besoins croissants liés au vieillissement de la population.

Enfin, la formation constitue un levier décisif pour anticiper les mutations économiques. Les outils de cartographie des compétences permettent désormais de mieux identifier les besoins futurs des territoires et d’adapter les parcours de formation aux réalités locales.

Au-delà des réponses techniques, les intervenants ont défendu une vision fondée sur la proximité, la coopération et la confiance. Face aux fractures sociales et territoriales, les territoires apparaissent non seulement comme des espaces de vulnérabilité, mais aussi comme des laboratoires d’innovation capables de recréer du lien et de renforcer la cohésion nationale.

Renforcer les liens sur les territoires


  • Aller vers plus de décentralisation intelligente, une action publique à l’échelle des bassins de vie et une vision à long terme.
  • Réduire l’inadéquation entre les périmètres administratifs et les bassins de vie réels.
  • Sortir de la précarité de mobilité dans les territoires, enjeu de cohésion sociale.

La banque des Territoires présente un modèle original d’intervention publique décentralisé, avec trois outils principaux : le financement en prêts […] 28,5 milliards d’euros en 2024, probablement plus de 30 milliards en 2025 ; l’investissement, 1,5 milliard d’euros par an ; et le conseil / ingénierie, une centaine de millions d’euros par an.
Antoine Saintoyant
Avec : Rémi BOYER (Directeur général adjoint, Clariane) ; Thierry MALLET (Président et directeur général, Groupe Transdev) ; Arnaud MURET (Directeur général, OPCO des Entreprises de Proximité) ; Fabienne ROUCHY (Présidente du groupe CGT au CESE et rapporteure du « Rapport annuel sur l’état de la France 2025 ») et Antoine SAINTOYANT (Directeur général adjoint du groupe Caisse des Dépôts et directeur de la Banque des Territoires)
Animation : Nicolas LAGRANGE (Rédacteur en chef au pôle Social-RH, AEF info)