jeudi 4 juin 2026
Climat et activités humaines : une relation à reconstruire
Un défi systémique face à l’obstruction
Le constat des cinq expertes est sans appel : nous faisons face à une obstruction brutale des connaissances scientifiques, à des risques financiers colossaux sous-estimés, et à un détricotage réglementaire qui pénalise les entreprises vertueuses.
La transition écologique ne pourra réussir qu'en changeant notre manière d'en parler et de la mettre en œuvre. Loin d'une vision d'« écologie punitive », les intervenants ont souligné les bénéfices concrets d'une économie décarbonée : baisse des factures énergétiques, logements mieux isolés, transports plus performants, amélioration de la santé et de la qualité de vie. L'enjeu est aussi de construire de nouveaux imaginaires, capables de donner envie d'adopter des modes de vie plus sobres sans renoncer au plaisir.
Le constat scientifique reste toutefois alarmant. Avec un réchauffement déjà supérieur à 1,36°C et une trajectoire pouvant atteindre 2,8°C d'ici la fin du siècle, l'urgence climatique est bien réelle. À cette menace s'ajoute une remise en cause croissante des connaissances scientifiques dans le débat public.
En France, si les émissions de gaz à effet de serre diminuent progressivement (-1,8% en 2024), leur baisse reste insuffisante pour atteindre les objectifs fixés (-5% par an). Les énergies fossiles représentent encore près de 60 % de notre consommation énergétique, avec un coût économique considérable. Décarboner l'économie suppose donc de transformer durablement nos modes de production et de consommation.
Cette transformation ne pourra reposer sur les seuls comportements individuels. Elle nécessite une action publique ambitieuse, combinant connaissances, aides ciblées, réglementations, incitations et lutte contre la désinformation. Les entreprises engagées dans la transition doivent également être mieux valorisées, alors qu'elles restent souvent désavantagées face à des concurrents moins exigeants sur le plan environnemental donc moins coûteux.
Les échanges ont aussi rappelé que les enjeux climatiques sont indissociables de ceux de la biodiversité et de la préservation des puits de carbone naturels, notamment les océans, encore largement sous-financés malgré leur rôle essentiel dans la régulation du climat.
Enfin, les intervenants ont plaidé pour une approche de long terme, fondée sur une véritable « écologie du temps ». Les transformations profondes s'inscrivent dans la durée et doivent être choisies plutôt que subies. Elles passent également par une gouvernance plus inclusive, donnant toute leur place aux citoyens, aux enfants et aux générations futures, particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique.
Rebâtir la relation entre climat et activités humaines suppose ainsi de réconcilier science, action publique, innovation économique et participation citoyenne. Une transition à la fois collective, progressive et désirable, capable de concilier urgence climatique et vision de long terme.
Ce n'est pas chacun se serre la ceinture dans son coin. C'est comment on rend accessible, par l'organisation de la société, des styles de vie sobres en carbone.
Avec : Marie EKELAND (Fondatrice et CEO, 2050) ; Valérie MASSONDELMOTTE (Paléoclimatologue, directrice de recherche au CEA et membre de l’Académie des Technologies) ; Sophie MOURLON (Directrice générale de l’énergie et du climat, Ministères Transition écologique, Économie et finances, Transport) ; Katinka RAMBERT (Directrice RSE et Philanthropie, Akuo) et Sabine ROUX DE BÉZIEUX (Fondatrice de la Fondation de la mer et directrice générale de Notus Technologies)
Animation : Concepción ALVAREZ (Rédactrice en cheffe adjointe, Novethic)
