mardi 23 juin 2026

10 ans de la COP21 : la terre entre urgences, performance et sobriété

10 ans de la COP21 : la terre entre urgences, performance et sobriété

Entre espoirs déçus et chemins à inventer


Dix ans. Une décennie depuis ce moment d’euphorie collective où 195 pays signaient unanimement l’Accord de Paris, promettant de contenir le réchauffement climatique sous les 2°C. Dix ans pour mesurer l’écart vertigineux entre l’ambition affichée et la réalité têtue : les émissions ont continué d’augmenter, la fracture politique s’est creusée, et pourtant, des signaux encourageants émergent du terrain.
Dix ans après, le bilan est contrasté. L’Accord de Paris a marqué un tournant majeur en élargissant l’action climatique bien au-delà des États, en mobilisant entreprises, collectivités et citoyens. En France, cette dynamique s’est traduite par des avancées significatives : loi sur l’économie circulaire, création du Haut Conseil pour le Climat, renforcement des moyens de l’ADEME et multiplication des stratégies de décarbonation dans les entreprises. Les financements dédiés à la transition écologique atteignent désormais des niveaux sans précédent.

Mais derrière ces progrès se dessine une réalité plus préoccupante. La convergence entre science, politique et société civile qui avait porté l’élan de 2015 s’est fragilisée. Les alertes scientifiques peinent à être entendues alors que les conséquences du dérèglement climatique deviennent de plus en plus visibles : sécheresses, tensions sur les ressources en eau et accélération inédite du réchauffement.

Un constat s’impose également : les discours fondés sur la peur ou la culpabilisation ont montré leurs limites. L’échec de la taxe carbone et le mouvement des gilets jaunes ont révélé la difficulté d’imposer des changements perçus comme des contraintes. De même, l’appel à la sobriété reste souvent éloigné des préoccupations du plus grand nombre.

Pour réussir, la transition écologique doit s’appuyer sur un récit plus positif et plus concret. Il s’agit de mettre en avant les bénéfices immédiats : amélioration de la qualité de l’air, santé, indépendance énergétique, création d’emplois ou encore restauration de la biodiversité. Le monde bas carbone ne peut être présenté comme une succession de renoncements, mais comme une perspective désirable et porteuse de prospérité.

La finance a également un rôle déterminant à jouer en orientant les investissements vers les activités compatibles avec les objectifs climatiques et en intégrant davantage le coût de l’inaction.

Reste une question centrale : celle de la cohérence. Comment afficher des ambitions climatiques élevées tout en maintenant des soutiens aux énergies fossiles ou en préparant l’adaptation à un monde plus chaud ? Dix ans après Paris, les outils existent, les solutions sont identifiées et les financements sont mobilisables. Le principal défi est désormais politique et collectif : aligner les actes avec les engagements et construire un récit capable de susciter l’adhésion. La confiance, plus que la contrainte, apparaît comme la clé pour accélérer la transformation.

Sortir de l'impasse écologique


  • Utiliser la finance responsable comme arme, imposer des grilles extra-financières, liés les taux d’assurance aux comportements vertueux.
  • Assortir la taxe carbone d’un dividende universel. Le marché s’ajusterait naturellement vers le bas carbone.
  • Lancer la révolution agroécologique : le modèle fonctionne, résultats visibles en 3-4 ans.
  • Réhabiliter les « communs » responsabilisant les citoyens en jouant la négociation locale.

On ne conduit pas des transformations sociales, sociétales en foutant la trouille à tout le monde. On l'a construit, on l'a conduit, en mettant en avant des choses super positives.
Hélène Valade
Avec : Gaspard KOENIG (Philosophe et écrivain) ; Nadia MAÏZI (Auteure principale au 6e rapport du GIEC (AR6), fondatrice et directrice de The Transition Institute 1.5, directrice du Centre de Mathématiques Appliquées et professeure de classe exceptionnelle à MINES Paris – PSL) ; Baptiste PERRISSIN-FABERT (Directeur général délégué, ADEME) ; Nathalie TUBIANA (Directrice des finances et de la politique durable, Groupe Caisse des Dépôts) et Hélène VALADE (Directrice développement environnement groupe de LVMH Moët Hennessy - Louis Vuitton et présidente de l’ORSE)
Animation : Emmanuelle PARRA-PONCE (Directrice générale adjointe, Groupe AEF)